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Tras escena
Minca, c’est le nom du petit village où, étrangement, le producteur musical new-yorkais Christian Castagno décide de venir s’installer avec sa famille en 2012. Après avoir passé environ 25 ans à produire des disques en tout genre (Sexotica – Sexmob, Hercules & Love Affair, Esopus Opus – Ben Prowsky, New constellation : Live in Vienna – Josh Roseman,…) dans une des métropoles les plus cotée du monde, le voilà qui émigre dans ce petit bled de la Sierra Nevada de Santa Marta, avec la ferme intention de continuer à faire la même chose, mais en remplaçant le voisinage de la voie rapide par celui des oiseaux, des arbres et des rivières. C’est là que nous nous sommes rencontrés. Non pas à Minca, mais plutôt dans notre effort conjoint pour nous rapprocher de l’essentiel, du réel, de ce qui nous permet de ne pas oublier que le monde est un Tout. Une certaine urgence qui a fait naître en lui, en moi, et en beaucoup d’autres aussi, le devoir de reconsidérer notre relation à l’espace collectif, à la ville évidemment, mais aussi à la société, en général. Un devoir envers la Vie : la nôtre, celle de notre voisin et celle des générations à venir, et plus globalement, tout ce qui est vivant sur cette planète. Au départ, on s’est demandé comment traduire ce sentiment dans un disque de jazz… Et puis finalement, l’Eau s’est imposé comme un élément central, transversal dans nos préoccupations et réflexions. Enfin, il faut avouer que, de mon côté, ça a commencé de manière anecdotique, par l’envie d’enregistrer une de mes chansons avec un big band, mais sous la douche. L’idée a plût à Chris. D’ailleurs il avait installé la cabine pour la voix, dans son nouveau studio, dans une ancienne salle de bain encore fonctionnelle. Tout ça m’a donné encore plus envie de composer à partir de ce que l’Eau faisait résonner en moi : l’élément était présent dans beaucoup de mes textes et par ailleurs j’étais en pleine création de la performance interdisciplinaire RED-AGUA (Res-Eaux), qu’on allait présenter à Bogota. Pour Christian, son rapport à l’Eau venait de prendre une autre envergure avec son installation dans la Sierra Nevada, une des réserves d’eau douce les plus importante du pays, juste au bord de la mer. Le studio était entre deux rivières. Bref, pour l’un comme pour l’autre, créer à partir de cet élément faisait sens dans nos vies respectives, du point de vue personnel comme politique. Nous nous sommes donc jetés à l’eau, en toute connaissance de cause. L’eau de vie, c’est cette jolie façon de désigner la gnôle distillée maison avec laquelle nous incendions nos délicats palais français depuis tant de générations. Ici en Colombie, on l’appelle Chirrinchi, Viche ou bien Aguardiente (ce qui veut bien dire la même chose)… JOUR 1 La première fois que je suis venue dans la Sierra en 1994, j’avais déjà ressenti cette sensation de retour à la source, au sein de la Terre Mère. Un parfum d’essentiel mélangé à la certitude d’être dans le juste… Bien que je ne sois pas d’ici, on dirait que mon cœur bat à l’unisson avec le Corazon del Mundo (le cœur du monde), comme l’appellent les peuples autochtones qui l’habitent encore. Cette fois, en plus, je reviens dans ce petit village de Minca, dans lequel j’avais débarqué il y a exactement 18 ans, mois pour mois, lors de mon premier voyage en Colombie. C’était l’âge de la majorité et de l’indépendance, et je me demande aujourd’hui dans quel âge je suis, si 18 ans plus tard, à 36 ans, me voilà de retour. Tous ces multiples de 9 (9+9=18, 1+8=9, 18+18=36, 3+6=9) résonnent joliment avec les 9 mondes, la base de la cosmologie des indiens Koguis, habitants de cette montagne. Décidemment bien cyclique, cette histoire… JOUR 2  A ce voyage, entrepris, d’ailleurs, entre neuf comparses (en comptant Christian), s’est joint un membre imprévu, le genre de personnage dont la présence ne peut se devoir qu’à une complexe et parfaite conspiration de l’Univers. Il aura donc fallu une série de circonstances étranges pour qu’Ivan Moreno, ingénieur du son espagnol de Grenade, se retrouve hébergé chez Christian le jour où nous débarquons. Associé à Wapapura, un incroyable projet d’enregistrement sonore basé sur l’énergie solaire, il avait dans ses bagages, en plus de son talent, un set d’enregistrement portable alimenté par batteries. On s’est installé sous le pommier-rose en fleur, à côté du studio de Christian, et on a commencé à enregistrer avec Ivan, pour voir comment réagissait le matériel à cette nouvelle acoustique. Le premier jour, on n’était que deux : Stéphane Montigny, à peine débarqué de France, et moi. On a donc enregistré en duo. Trombone et voix, sous l’arbre. C’était bien. Je crois que c’est là qu’Ivan a décidé de s’embarquer dans l’aventure du disque. Quand les autres sont arrivés, on a décidé de continuer à travailler acoustiquement pour rester sous cet arbre qui nous apportait ombre et fraicheur. Petit à petit la musique prenait forme, on s’emplissait des tous ces sons nouveaux que nous apportait la forêt vierge à quelques centaines de mètres. Andres « Turu » et Gabriela «Amaranta » s’inventèrent un set de percussion multicolore. Pedro Ojeda en chef d’orchestre, organisait le groove depuis l’étrange batterie de Chris (avec un tom coudé, une idée tordue de Bill Cobham). Nous avons fait un premier enregistrement de tous les morceaux, sans retour. Quand on s’est écouté ensuite, on s’est rendu compte que ce n’était pas une blague, les sons de la forêt nous accompagnaient vraiment en permanence. JOUR 3 Certes, nous étions arrivés dans la Sierra, mais y arriver physiquement n’est pas tout : il faut aussi atterrir émotionnellement, entrer dans le cœur de cette montagne sacrée. Entrer dans son propre cœur, en fait. C’est flagrant: la manière dont chacun se retrouve, les nerfs qui se détendent, le temps et l’espace qui reprennent leur place… Il y a un temps d’adaptation, pendant que nous installons les instruments. C’est comme si on se rencontrait de nouveau pour la première fois. - Salut, mucho gusto, je suis Sarah, me voilà libérée de facebook, du maquillage et de l’agitation inutile, si je marche pieds nus c’est parce que j’aime sentir chaque aspérité du sol, et ces moustiques féroces qui sont en train de me rendre dingue me rappellent que, finalement, nous sommes aussi un élément de la chaine alimentaire… Et toi, qui es-tu maintenant ? Nous nous redécouvrons au fur et à mesure que nous (re)découvrons le répertoire. Il y a les morceaux que nous connaissons bien, ceux dont nous devons nous souvenir et puis quelques nouveaux… Nous laissons le temps de la forêt donner le tempo, que ses sons se mêlent aux nôtres. Pour ça, il faut aussi que nous changions la fréquence de nos oreilles, il faut ajuster notre perception, loin du bourdonnement de la ville, et nous rappeler qu’il n’y a pas de silence ni de pureté. Ainsi, nous commençons à nous écouter entre nous et à trouver notre propre résonnance, à l’intérieur comme à l’extérieur. JOUR 4 Un après-midi, on a pris tous les instruments et on est parti à La Semilla, dans la maison d’hôte de Ana Maria et Giuseppe, à une heure de marche de Minca à travers la jungle. Nous avons allumé le feu sous la lune et nous nous sommes assis tout autour pour jouer, pour la première fois en public, les nouveaux arrangements des morceaux. Ca nous a donné quelques interludes croustillants pour le disque. Le matin suivant, je me suis levée très tôt pour attraper le moment où le soleil allait passer par-dessus l’arrête touffue de la montagne. Après le petit déjeuner, accompagnés d’Ivan et de son matériel portable, on est allés improviser dans la rivière à côté. Turu explorait de nouveaux sons entre les feuilles mortes et les cailloux, pendant que Luis David méditait, couché dans l’herbe avec sa flûte. Aldo Zolev et Alejandro Loaiza jubilaient en rafraîchissant pieds, pivot de contrebasse et gaita, dans l’eau limpide de la cascade. En redescendant, on s’est arrêté pour se baigner à nouveau et admirer les quelques arbres natifs, centenaires, réchappés des défrichements sauvages successifs. On les impute souvent aux narcotrafiquants, mais il ne faut pas oublier que les paysans et les promoteurs touristiques cupides ou peu scrupuleux en sont aussi responsables. Une tendance que les politiques économiques impulsées par les deux derniers Présidents ne risquent pas d’enrayer. Il faut savoir habiter la forêt pour savoir comment la préserver. Nous, nous n’avions pas très envie de redescendre au village, mais en même temps, les esprits commençaient à se concentrer sur ce qui nous attendait le lendemain… JOUR 5  Le moment d’enregistrer était finalement arrivé. On s’est tous retrouvé de bonne heure pour prendre le petit déjeuner dans le café de Tatiana, qui nous avait concocté pour l’occasion de quoi alimenter les corps et les esprits. Finalement, le studio était monté à l’extérieur, sous le fameux arbre et son incroyable acoustique végétale. Grâce aux longues heures passées par Christian et Ivan la veille à tout installer, nous avions donc toutes les conditions souhaitées et chacun nos casques avec notre retour… On était tous tellement connectés, ça m’a fait penser  qu’on vivait une sorte d’à un accouchement collectif, avec respiration synchronisée... Quelques souffles et deux prises de son plus tard : Paf ! l’électricité a sauté dans tout le village. Comme il était encore tôt, on est allé prendre un café en attendant. Dix minutes plus tard, ça revient, le rouge micro scintille… Mais l’étincelle ne dure que 15 minutes. Trois fois comme ça, jusqu’à ce que ça ne revienne plus... Mine de rien, l’heure tournait, et on commençait à flipper car Pedro repartait à Bogota le lendemain. Alors Ivan a sorti ses batteries. « Je ne sais pas pour combien de temps il y en a, peut-être 2 heures, ou peut-être 20 minutes, alors allez-y, foncez ! ». On est donc retourné sous l’arbre, avec l’épée de Damoclès en plus. Ca a fait monter le niveau de concentration d’un point de plus sur l’échelle de l’accouchement. Pas même le plus féroce des moustiques aurait pu nous distraire. Quand on a commencé à enregistrer « Sound of an S », le morceau le plus mystique de ce projet, la nuit était tombée et on se distinguait à peine les uns les autres. C’était l’avant-dernier morceau qui nous restait à jouer, très long et très improvisé, on était crevés mais je crois qu’on ne s’en rendait même plus compte. On pensait à ses batteries qui pouvait nous lâcher d’un moment à l’autre. Un « contre la montre », mais sans la montre. Ce que nous ne savions pas (heureusement), c’est que dans le studio, au même moment, Ivan suait à grosses gouttes, car la batterie interne de l’ordinateur, qui n’était pas branché aux autres batteries, était sur le point d’arriver au bout. Donc, nous, dehors, en train de tout donner, et lui, les yeux rivés sur le compte à rebours de la charge de la batterie… Elle venait d’entrer dans sa dernière minute, quand la lumière est revenue. « Mucho poder », a dit l’autre Alejandro Chaparro, derrière le viseur de sa caméra vidéo… Dans la voiture qui nous conduisait à l’aéroport, ça sentait la « gueule de bois affective » : il y avait la fin de l’aventure, bien sur, mais aussi le fait de quitter la Sierra, ses sons et ses parfums. On n’avait pas du tout envie de partir, mais en même temps, il y avait une certaine excitation, l’envie de raconter et partager cette musique, la richesse de cette expérience collective. Mais patience… les bonnes choses prennent du temps. Il faudra encore attendre jusqu’à l’été, au moins, pour commencer à découvrir les premiers sons de EAU DE VIE – AGUA ARDIENTE. En attendant, à la bonne vôtre !     mariazumusic@gmail.com - www.facebook.com/mariazumusic - www.vimeo.com/mariazu   Fotografías : Julián Rinaudo – Videos : Alejandro Rojo Mariazú loves in Eau de Vie – Agua Ardiente: Sarah Maréchal : voix, composition et vision générale Stéphane Montigny : trombone, et toute types d'arrangements et de soutien Alejandro Loaiza : piano, gaitas, mélodica et autres inspirations mélodieuses Luis da BiT : guitare, flûte et chants avec les oiseaux Aldo Zolev : contrebasse tout terrain "Amaranta" Gabriela Sossa: percussions, chœurs et (sou)rires Andrés “Turu” : percussions, voix et (pas mal de) magie Pedro Ojeda (invité) : maître de la batterie et de la «gozadera»   Christian Castagno : producteur et connecteur général Iván Moreno (www.lacasaestudio.com) : ingénieur d´enregistrement et de bénédiction Alejandro Chaparro : direction d´images et de perceptions mobiles Julián Facundo Rinaudo: photographie et attentions fixes Rachid Benouaret : deuxième caméra et attitude Ana María Trujillo : textes et poésie virtuelle Lucia Ibáñez : directrice de la production et des câlins Tatiana Llinás (Hola from La Sierra Cafe) : (pure) alimentation et énergie   Merci à : Cecilia et Maty, Rafa, Javi et Allen de Wapapura, Ana Maria et Giuseppe de La Semilla, Ana y Goyo, Fidel Tours, Charlotte et Bela, Francis Berks, Kenzo, mi So, Bogaloo, Michu et l´arbre. Merci à la Sierra et à sa ª pensée vivante » qui courre le long de ses pentes pour avoir répondu à notre appel.
Textos
Sarah Marechal - Mariazú Cantante, compositora y artista francesa  La libertad empieza en la mente pero solo existe en los actos.
EAU DE VIE - AGUA ARDIENTE
Le nouvel album de Mariazú
Este número se hizo con el apoyo de COINTELCO, Pasión por la Energía. PBX. 3112799 CRA 50 No 78 - 21 BOGOTÁ - COLOMBIA